L’Afrique va-t-elle céder sa matière première des Technologies de l’information comme elle l’a fait avec son sous-sol ?

Suite à une annonce de financement des partis politiques en Côte d’Ivoire à hauteur de CFA2 Mrds (à vérifier, car certaines sources parlent de 1 milliard) chacun, des réactions se sont fait entendre sur le web et les réseaux sociaux. Rien de bien grave, juste des discussions entre personnes éduquées. En tant qu’entrepreneur Tech, j’aurais souhaité une action similaire à l’endroit des Pme ou des ONG qui ont fait leurs preuves dans le domaine des technologies de l’information. Et je ne pense pas être le seul à voir les choses de cet oeil. Mais surement que certaines réalités du terrain politique nous échappent.

Nous sommes à la limite de croire que nos états ont abandonné d’avance le combat pour l’appropriation des technologies afin de les utiliser à leurs fins. Ont-ils choisit de céder cette tâche à d’autres. Quand on sait les enjeux, je me demande si nous n’allons pas céder ces choses comme nous l’avons fait pour les sous-sols de certains pays africains. Certes, pour l’instant les choses n’ont pas de si fortes similarités. Mais, dans un futur très proche, plus d’un seront surpris de la puissances des systèmes d’information et de toutes ces technologies. Et je ne parle pas de printemps arabes ou de révolutions populaires soutenus par les réseaux sociaux.

Peut être ne sommes nous pas assez claire quand nous leur parlons. Peut être ne parlons-nous pas assez. Dans ce cas, il faudrait qu’on se bouge. C’est l’une des raisons de ce post. Dans tous les cas, je ne cesserai de le dire, cette industrie des technologies représente ce qui pilotera les économies africaines. Si vous en doutez, faites un bilan sur ce qui a rendu les compagnies de téléphonie aussi puissantes (dans certains pays, ils ont plus de poids que les autorités de régulation) dans nos pays. L’information, c’est la matière première du pouvoir suprême. Et savoir la véhiculer/manipuler est de l’ordre de la magie (sorcellerie) aux yeux de ceux qui ne s’y connaissent pas. Enfin, je reste convaincu que les performances de l’économie du « online » surpasseront celles de l’ère de la toute puissance des telcos.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’un seul secteur. Non ! Les technologies de l’information, telles qu’elles sont en train d’évoluer, auront une très forte influence sur chaque secteur des économies africaines. Cette somme d’influences sur les différents secteurs, deviendra elle même l’influence principale des futures croissances. Aujourd’hui :

  • grâce à des applications, et autres matériels électroniques bon marché les paysans de Dar-Es-Salam (en Tanzanie) savent si demain ils devront se lever pour se rendre au champs.
  • Grâce à ces mêmes technologies (l’exemple du Cardiopad crée par Arthur Zang), les infirmières de Yaoundé arrivent à promulguer des soins cardiaques qui sont à la base l’affaire de médecins spécialisés.
  • Et toujours grâce à ces « nouvelles choses », les fonctionnaires de Mombasa (au Kenya) ne risquent plus de se faire agresser au moment de percevoir leurs salaires car tout est fait par transaction via le mobile.
Lors d'une session de formation gratuite organisée par l'ONG Akendewa
Lors d’une session de formation gratuite organisée par l’ONG Akendewa

Combien de conseils des ministres se sont déjà penchés sur ces questions ? Pas beaucoup. Par contre, soyez en sûr, dans les conseils d’administration des grandes multinationales (europe, asie, amérique) du domaine des technologies, les gens on déjà pris des décisions et donner des ordres de décaissement de sommes qui valent des budgets de certains états africains. Oui, le rachat d’une partie de Nokia par Microsoft est environ 2,2 fois le budget 2012 du Niger. Autant d’argent pour quoi faire ? Et bien pour aller à la conquête du dernier terrain libre. L’Afrique ! Oui, ils viennent à la conquête de l’Afrique, et c’est ce que les africains auraient fait s’ils étaient à la place de ces multinationales Européennes ou Américaines.

Peut-être que vous ne le savez pas encore, mais Google va bientôt offrir l’internet gratuitement aux (certains) africains via son projet LOON. ça peut faire sourire, mais si vous suivez les actions de cette entreprise sur le continent depuis ces 7 dernières années, vous comprendrez que c’est effectivement la prochaine étape. Mais tenez vous bien, il n’y a pas que Google qui a eu cette idée. Facebook, le réseau social de plus d’un milliard d’utilisateurs, s’est associé à plusieurs autres entreprises dans le but d’offrir l’internet « gratuitement » aux africains. Les stratégies de ces deux initiatives ne sont pas encore connues, mais elle se tiendront surement sur plusieurs années. Et nécessiteront des budgets colossaux. Comme vous pouvez l’imaginer, il faudra à un moment ou un autre que ces entreprises qui font « don » de la connexion à l’afrique, en tirent elles même quelque chose. Quoi ? L’avenir nous le dira.

Il faut vraiment plus d’engagement de nos Etats. L’enjeux n’est pas d’abandonner les partis politiques pour s’occuper des entrepreneurs « inexpérimentés » du domaine des technologies de l’information. Mais il n’est pas normal que la plus grande initiative (GIST) d’incitation à l’entrepreneuriat dans les technologies, sur le continent, vienne de la maison blanche. Car les agissements des activistes locaux ne seront jamais suffisant et auront toujours une portée très limitée. Nos gouvernements doivent prendre leurs responsabilités comme un parent s’investit dans l’éducation de son enfant.

Il n’est pas encore tard. Il est encore possible de mettre la priorité sur l’émergence d’une classe d’entreprises technologiques locales. Pour les hommes politiques, ce n’est certes pas évident. Car il faut du courage (à la limite du suicidaire) pour décider de ce genre de priorités quand on a l’habitude de financer le calme des perturbateurs. Mais en investissant sur l’agitation des créateurs (entrepreneurs) de valeur, on se donne les moyens pour l’installation d’un calme durable qui lui n’aura pas besoin d’être financé. La jeunesse africaine a du potentiel. Mais à quoi sert un potentiel non encadré/exploité ?