Nous manquons de l’essentiel : le contenu

Il y a quelques mois j‘abordais dans un billet le manque de contenu africain disponible sur le web et les mobiles. Les choses n’ont pas réellement changé. Par contre le besoin est de plus en plus important. Il devient donc urgent de s’attaquer au problème par des initiatives.

La valeur se trouve dans le contenu
En 2011 les technologies sont devenus accéssibles par la plupart d’entre nous. il est très facile de se lancer dans une aventure entrepreneuriale sans se soucier de la technologie. D’ailleurs, monter un business basé sur la réalisation simple de site internet c’est presque monter un business qui ne rapportera pas. Tant les solutions du style « créer votre site en ligne en 5 minutes » sont nombreuses.

Par contre, une fois le site, la plateforme crée, il faudra penser à l’essentiel : le contenu. C’est là que ce trouve la valeur de votre site. l’on ne reviendra pas tous les jours sur votre site parce qu’il est beau ou parce qu’il implémente les toutes dernières technologies. Les internautes seront fidèles à votre site s’il y trouvent un plaisir, un enseignement, de l’humour, …, un certain intéret lorsqu’il le parcourent.

Facebook est valorisée à plusieurs milliards de dollars car on y trouve un plaisir à lire les status des un et des autres. Google est le N°1 et vaut encore plus que Facebook, car lorsqu’on y cherche des choses, on les trouve. Et pour arriver à nous servir ces contenus, il a fallu que des personnes prennent le temps pour les intégrer dans les bases de données de ces sites.

Finalement, qu’est ce que c’est ?
Le contenu, c’est donc cet ensemble d’information que l’on a pris le temps d’intégrer à un site, une plateforme, une application. Dans le cas des sites commes facebook, les concepteurs ont eu la finesse d’esprit de faire accomplir cette tache par les utilisateurs eux meme. Ce n’est pas un secret, nous travaillons tous pour facebook. Si nous ne perdions pas un peu de notre temps à écrire des status, des commentaires et à télécharger nos photos, facebook serait comme un gros bateau de croisière vide en pleine mer.

Il y a 10 ans ce sont les concepteurs des sites qui eux meme prenaient le temps de mettre le contenu sur le site. Vous savez par exemple que les fondateurs de yahoo, ont utilisé 8 mois de leur vie à travailler plus de 10 heures par jours pour mettre la description de tous les nouveaux sites qui se créaient dans une base de données. Il ont ainsi en moins d’une année constitué une énorme base de données qui a finalement pris de la valeur. Les choses ont évoluée et il existe de nouvelle manière de créer une base de données de cette envergure.

Le contenu africain pourrait etre l’actualité hyper-locale. Vous ne le savez peut etre pas, mais relater le quotidien de vos quartiers intéresse des personnes qui pour la plupart sont loin de ces quartiers. Je suis par exemple pret à parier que ce qui se passe dans le quartier d’enfance de Didier Drogba intéresse de nombreux marseillais, anglais et bientôt des chinois. De la meme manière des chiffres sur les habitudes de consommation des africains ont une réelle valeur quand on sait qu’ils pourraient intéresser des manufacturiers. Vous pouvez aussi mettre à disposition des sonorités folkloriques. Les possibilités sont nombreuses et lorsque vous vous lancerez vous en découvrirez encore plus.

Les africains doivent s’atteler à créer du contenu pour l’Afrique
Si l’on s’en tient aux statistiques de l’an dernier, le contenu africain en ligne représente moins de 10% du contenu global. Il y a donc une grosse marge de progression qui peut etre réalisée.

En créant du contenu, nous valoriserons l’industrie technologique de notre continent. Implicitement, nous attirerons les investissements étrangers qui faciliteront la naissance de nouveaux modèles économiques. Et qui dit nouveaux modèles économiques, dit emplois et recul de la pauvreté. Cela peut paraitre simpliste mais c’est une évidence et un processus logique quand on sait comment se valorise les contenus. Ce sont des choses qui ne s’appennent pas dans les grandes écoles de commerce, mais sur le terrain.

Les africains doivent se presser de créer eux meme leur propre contenu sinon quelqu’un d’autre le ferait à leur place. Et ce n’est pas sure que dans ce cas l’on aura la réalité. Les économies du monde entier sont de plus en plus intimement liées aux technologies de l’information. Et cela n’est pas pret de changer. Bien au contraire, l’on peut parier sur le fait que ces technologies prendront une place centrale dans les économies. Ainsi, si vous n’avez pas le controle de l’information qui vous concerne, vous n’aurez pas le controle de la valeur qu’elle génére. Les gouvernements prendront du temps à adopter une politique incitative, mais les entrepreneurs ont là une belle opportunité.

Cette opportunité qui engendrerait de nombeux emplois n’est pas négligeable. Il suffit de regarder ce qui se passe dans les régions du monde ayant déjà une certaine avance. En 2005 lorsque j’étais développeur d’applications mobile chez le leader français de l’époque, j’ai découverts de drôles de musiciens. Un nouveau type de musiciens qui travaillaient du matin au soir dans un studio spécial. Leur travail consistant à reprendre toute sorte de tube de sorte à ce qu’il se rapprochent des originaux (à l’écoute) tout en faisant attention aux lois liées à la propriété intellectuelle. Ces tubes étaient ensuite intégrés dans des bases de données accéssibles aux applications développées par les ingénieurs. Ainsi, l’utilisateur à partir des applications, arrivait à télécharger ces tubes pour en faire des sonneries pour leur mobile. Ou encore des ringtones qui eux remplaçaient la sonnerie entendu par l’appelant lorsqu’il essayait de les joindre. Je me souviens que c’était un véritable succès. Car bien des tubes scoraient à plus de 500 téléchargements par jour. Et quand on sait que le téléchargement vaut en moyenne 2Euros, ça va très vite.

Qui pourrait le faire ?
L’entrepreneur type qui pourrait créer du contenu pour le web ou les mobiles, c’est vous. Oui, vous et moi. Pour démarer dans le business du contenu, vous n’avez pas besoin d’avoir effectué des études spécifiques. Vous avez juste besoin de savoir ranger des informations avec un minimum de structure.

Qu’est ce que ça faudrait ?
Une fois les informations rangées, il vous restera à savoir les présenter en tenant compte des besoins des internautes ou des entreprises qui raffolent d’information. C’est aussi le lieu de rajouter de la valeur afin de les vendre encore plus chère.

Par exemple, lister les petits commerces d’un quartier est déjà pas mal. Si l’on estime que vous vendez 200frcfa chaque élément de la liste, vous pourriez monter jusqu’à 1000frcfa si vous y rajoutez une photo (meme prise avec un téléphone portable), et un numéros de téléphone fonctionnel. Vous pourriez aller encore plus loin (2000frcfa) si vous y ajoutez un comparatif. Imaginons que vous metez en parallèle le chiffre d’affaire et la localisation vis-à-vis des axes routiers centraux. Disons que vous décidez de ne plus vendre la liste mais de permettre aux intéressés de souscrire à un abonnement afin que pour chaque nouvel enseigne intégrée, ils puissent recevoir une notification. Vous avez là une nouvelle entrée d’argent qui demande encore moins d’effort.

Allez, au boulot ! Mettons l’Afrique en ligne.

  • Baba

    Merci pour cet article.

    A mon avis, bien avant le contenu, il faut résoudre le problème de l’accès à Internet.
    Les infrastructures africaines actuelles (Réseau, Electricité, PC…) me semblent être en déphasage total avec les usages web « voulus ».
    Néanmoins, je salue les initiatives (comme celle qui me permet de poster cet avis), car les « gouvernants » et autres investisseurs ne rejoindront le train qu’une fois qu’il sera sur de bons rails
    Jusque là, les modèles de création de contenu omettent (volontairement?) les différents niveaux de maîtrise de l’outil.
    A titre d’exemple j’ajouterai : le citoyen n’est pas forcément citadin et n’a pas non plus systématiquement « dompté » l’outil.
    Il va falloir aussi certainement répondre à des besoins qui impliqueraient tout le monde (du paysan en milieu rural au geek en costard en passant par l’étudiant qui survit avec son « Pentium II » sous windows 2000 (j’exagère à peine).

    Vive la démocratisation de l’Internet !
     

    • Fabrice Manzeki

      À force de lire, je saisis de mieux en mieux l’état d’esprit des africains. On aime se justifier et accuser. L’article ici clair, il faut bien commencer quelque part. Il manque ceci, il manque cela. Enfin il manquera toujours quelque chose.

      Il faut bien créer du contenu. J’entends, un contenu à valeur ajoutée. Même si on installe la fibre optique dans nos instutions, écoles et universités. Qu’est ce qu’on en fera ?

      Merci JEAN-PATRICK EHOUMAN

  • Pelegnassy Y

    PELEGNASSY Yéo 

    Ce bel article vient me d’achever de me convaincre sur la nécessité pour nous africains de nous montrer aux autres par la valorisation de nos cultures. Car il est clair que si ce sont ces autres qui doivent venir nous « découvrir » souffrons qu’ils nous voient à travers le prisme déformant de leur culture à eux. Qui mieux que le Sénoufo peut exposer les merveilles de chez lui, ou qui mieux que le Baoulé peut mieux parler du Goli ou du pagne baoulé. C’est bien là notre défi à tous. Un célèbre réalisateur burkinabé disait qu’il est temps que l’africain soit celui qui se fasse découvrir du monde. On sait trop des autres, beaucoup connaissent la capitale de la France sans même savoir le chef d’une région ivoirienne. Ce n’est pas que l’Africain ne veut pas se connaître, c’est qu’on ne s’offre pas la possibilité de se connaître. Et comment peut-on se connaître c’est bien en compilant ce que nous sommes quelque part. Alors pourquoi pas internet??

  • Liebebat

    J’irai dans le sens de Baba en disant que les contenus, c’est bien, c’est même très important, mais sans l’accès à l’outil et ensuite à la formation, nous seront toujours loin de pouvoir produire des contenus qui auraient un quelconque intérêt ou prix.
    Nous nous distançons certes beaucoup sur le plan de la technologie par rapport aux pays du nord (occident …) mais je ne pense pas que ce soit par manque de production de contenus mais beaucoup plus par manque d’accès à l’outil qui favorisera ensuite la formation. Ce n’est qu’à ce moment là que nous serions en mesure de produire du contenu de qualité.
    Ceci étant, mon intention n’est pas de bloquer la production de contenus et de tout orienter vers la formation ou la mise en place de l’outil mais plutôt, de mettre en place une politique de vulgarisation de masse (sur les outils), les démocratiser, enlever le mythe autour des technologies au niveau de la population la moins favorisée (celle qui pourra mettre en ligne les contes du villages au tour du feu) pendant que la population la plus nantie, s’occupe de créer du contenu.

    • http://www.jpehouman.com Jean-Patrick Ehouman

      hum,
      si je comprends bien il faut régler le problème de l’accessibilité. Je suis d’avis. Et je pense que c’est un problème supplémentaire mais qui n’empêche pas de résoudre celui du contenu.

      Avec les moyens actuels que possèdent les africains, l’on peut déjà résoudre le problème de contenu. en prenant l’exemple des journaux locaux qui possède désormais tous des sites web (donc des ordinateurs), peut-on parler de création de contenu ? Non pas vraiment (à l’exception de quelques uns). Il y a très peu d’originalité donc de valeur. ce qui fait que ces journaux ne peuvent tirer profit de leur présence en ligne.

      Lorsque je discute avec des développeurs et que je leur reproche de ne pas les voir sur les forums techniques, ils disent pour la plupart y être. Ils y sont, mais restent inactifs. donc ne créent pas de valeur. doit-on penser que lorsqu’ils auront plus de moyens il produiront plus ? idem pour des blogueurs. Les quelques rares blogueurs qui ont fait l’effort de produire de manière sérieuse ont toujours vu leurs efforts récompensés.

  • Pascale Pollak

    Merci pour cet article  @jpehouman:disqus. Ceci me conforte dans les actions que je suis en train de mettre en place via mon association. Je rejoins donc votre idée sur le manque de contenu et je rejoins aussi celui de Baba quand aux difficultés de l’accès à l’outil informatique et à son utilisation. Vos informations me permettent d’ettofer mon argumentaire de développement, merci ! 

    Je vais suivre avec grand intérêt vos publications, mais étant sous IOS, je ne pourrai pas le faire via votre appli 😉
    Bonne journée

  • Atto Elie KOUAME

    Merci JP, tu viens là de me booster une fois de plus sur le projet qui me prend la tête depuis peu . dès ce soir je m’y mets à fond! Merci pour cet article!

  • Pingback: L’art de faire des erreurs | Les Analyses de Jean-Patrick Ehouman à propos de l'internet et du mobile en Afrique()

  • Assimay

    Super article Jean Patrick!
    La fin de l’article par contre m’a paru un peu floue. A qui vendre le contenu et comment? Quel sont les prospects qui souscriraient pour recevoir une nouvelle notifications? C’est juste pour avoir des pistes,
    Mercu et encore super article!