Carlalie dans la jungle du journalisme en Afrique : CarlalieGate

image de profile facebook de Audrey Carlalie par Audrey Carlalie

Cet article est une manifestation de soutient à la photographe amateur Audrey Carlalie Okou. Cette brillante jeune photographe ivoirienne travaille pour le magazine en ligne : Ayana WebZine. En début de semaine, elle s’est fait grossièrement piquer des photos par certaines rédactions (papier/en ligne) ivoiriennes. Ce qui a créer le CarlalieGate dans la blogosphère ivoirienne.

Le cas de Carlalie Okou, n’en n’est qu’un parmi tant d’autres. Tous les jours de nombreuses rédactions publient des articles et photos sans la permission des propriétaires. Ainsi, il n’est pas rare de voir des articles entiers copiés par des journaux grand publique. Ces derniers n’exitent pas à signer ces articles comme s’ils les avaient écrit eux même. C’est la triste réalité de l’écosystème du journalisme en Afrique.

Dans cette jungle, certains (souvent les pionniers) ont décidé que tous les coups étaient permis. Aucune place pour la regulation car les autorités elles même ne savent pas de quoi il s’agit. Dans ces pays d’Afrique, la propriété intellectuelle n’est pas un sujet sur lequel l’on s’attarde. Dans cette jungle, si comme Carlalie, vous y entrée (sans vous en rendre compte), vous risquez de vous faire dévorer par « des prédateurs ». Parmi ces derniers, vous pouvez vous attendre à retrouver des medias gouvernementaux. Non, vous ne rêvez pas ! Vous êtes bel et bien en face du protrait de la jungle journalistique africaine.

Finalement la regulation de cet écosystème ne pourrait venir que des internautes et des lecteurs. En 2010, le journaliste Théophile Kouamouo avait proposé une sorte de syndicat des producteurs de contenu. Avec cette nouvelle affaire, il propose  » une structure légère d’alerte aux manquements à la netiquette (l’éthique sur Internet) ». Je pense que cette proposition est pertinente. Déjà avec une simple page (dynamique) qui permettrait à tout le monde de dénoncer un usage frauduleux d’écrits ou de photos serait un bon début. Bien entendu, ces dénonciations devraient être accompagnée de copie d’écran, de lien ou de photo qui seraient soumis à modération. Techniquement, une telle page est aisément réalisable. Le plus délicat serait d’arriver à inciter les lecteurs africains à jouer le jeux.

Le manque
Avant d’écrire cet article, j’ai posté à plusieurs reprises sur twitter pour savoir s’il existait des places de marché pour les articles et photos des blogueurs africains. Visiblement il n’en existe pas en Afrique Francophone.

Ce qui manque aussi, c’est un groupe de juristes disposé à aider les personnes qui se font voler leurs oeuvres. Je pense que c’est une réelle opportunité pour toutes ces personnes ayant fait des études de droit dans nos pays d’Afrique Francophone. Il s’agirait pour eux de fournir un accompagnement et du conseil.

Les rédactions locales africaines peuvent-elles faire autrement ?
Je me suis demandé si les agences nationales de presse fournissaient des illustrations et des dépèches aux différents médias locaux. Le constat reste triste, car très peu de rédactions locales ont accès à ces ressources lorsqu’elles existent. Bien souvent elles doivent faire face à un vide. J’ai par exemple fais un tour dans la rubrique « photo » du site de l’Agence Ivoirienne de Presse. Et là, grande fût ma surprise lorsque je suis tombé sur un message d’erreur. Idem pour les différentes rubriques du site.
Face à cette situation, chaque rédaction se doit de se doter d’une réelle équipe (dont des photographes). Ce qui semble impossible pour la plupart d’entre elles car limitées par leurs finances.

Tirer des leçons
Je viens juste de me souvenir que les photos ont été récupéré via Facebook. Et je me demande si les conditions de facebook ne retirent pas une/toute partie de la propriété intellectuelle lorsqu’on y publie du contenu. A vérifier dans les conditions de Facebook. Je n’ai pas pris le temps de le faire mais je me souviens que dans les débuts de facebook c’était bien ce que stipulaient les conditions. Dans ce cas, le CarlalieGate n’aurait pas de raison d’être. Pour eviter ce genre de désagrément, les photographes amateurs gagneraient à publier leur photos sur des plateformes telles que Flickr.

D’ordinaire, j’évite de traiter les cas de buzz ou d’affaires publiques sur ce blog. Mais je ne peux rester indifférent quand je vois qu’en 2012 il est encore difficile pour les blogueurs de vivre de leur metier en Côte d’ivoire (et un peu partout en Afrique sub-saharienne). Et si à ces difficultés viennent s’ajouter des exploitations illégales des productions de ses travailleurs indépendants (souvent débutants), nous ne devons pas rester sans voix.

Ils en parlent
Depuis le début du CarlalieGate, plusieurs articles ont été écrit par des blogueurs locaux et aussi ceux de la diaspora ivoirienne. En voici quelques uns :

Si vous avez une solution pour revolutionner/professionnaliser le journalisme en Afrique, n’hesitez pas à participer au African News Innovation Challenge. Vous pourriez alors gagner une partie du million de dollars mis à disposition par le African Media Initiative. Dans tous les cas, vous pouvez toujours la partager en commentant cet article pour que nous en discutons tous.

Pour en savoir plus sur Audrey Carlalie : http://www.carlalie.blogspot.com/