Ce que j’ai appris avec ma première maîtresse d’école : Donner la chance à l’apprenant

La noblesse du métier (vocation) d’enseignant est indiscutable car nous naissons tous sans le moindre savoir-faire ni la moindre connaissance du fonctionnement de ce monde. Le pédagogue joue un rôle déterminant dans la vie du nouvel apprenant. Ce dernier ne sait pas forcément la puissance et l’importance de ce qu’il est en train d’apprendre. Je voudrais vous parler de ma première maîtresse d’école à qui je dédie ce billet.

Je n’ai pas eu a la chance de faire l’école des petits (La crèche, la maternelle ou encore le Jardin d’enfant). Ou peut être est-ce chance. Je ne pourrai donc pas vous parler de ce qui se passe dans une crèche ou dans une classe de maternelle. Par contre j’ai eu la chance d’apprendre les rudiments de l’écriture et de la lecture à la maison. Ce qui reste un très gros avantage pour démarrer dans la vie. J’avais 2 ans de moins que l’âge requis pour le Classe Préparatoire 1ère année (CP1) dans les années 80. Mais avec l’insistance de ma mère, les responsables de l’école primaire ont accepté de me prendre en CP1.

Crédit photo : crawford.l

La pratique n’était pas courante à l’époque. Du moins dans l’établissement dans lequel j’étais. Il ne pouvait y avoir que 1 ou 2 enfants de ce type par classe. On les faisait asseoir à coté de l’instituteur (face tournée vers les autres élèves). Le directeur et la maîtresse de CP1 acceptaient ces enfants de moins de 6 ans pour désengorger les classes de maternelle. On leur permettaient de faire ainsi leur dernière année de maternelle dans une classe de CP. Un peu comme dans le sport ou l’on donne la chance à un Espoir de jouer 30 secondes de chaque fin de match de basket avec les Senior-Pro. J’étais donc l’un de ces chanceux à la rentrée 1985-1986. L’idée était de me permettre d’être en classe sans que je sois évalué pour la classe supérieure. Il était hors de question de m’évaluer car de toute façon je n’avais pas l’age. J’avais 4 ans en Septembre 1985.

Mais très vite, ma maîtresse a pourtant accepté de me faire faire toutes les activités y compris les évaluations. Elle m’accorda beaucoup d’attention jusqu’à faire des jaloux. Je pense qu’elle m’aimait bien parce qu’à l’époque j’avais une grosse touffe de cheveux dont la couleur tendait vers le roux. Ce qu’elle ne savait pas c’est que cette attention me donnait une envie de bien faire tout ce qu’elle me demandait. Du coup, dès les premières évaluations, j’avais réussi à me distinguer, jusqu’à ce que l’on décide de m’évaluer régulièrement pour la classe supérieure. Grâce à l’attention de cette dame, je n’étais plus le petit qui restait à coté de la maitresse, mais j’étais devenu un élève de CP à part entière. J’avais obtenu le droit de m’asseoir au même niveau que les autres élèves. C’est à dire, face à la maîtresse et au tableau. Bien entendu, j’avais toujours cet air réservé que certains prenaient pour de la timidité. D’autres allaient jusqu’à se demander si je ne souffrais pas d’autisme.

Je pense que la meilleure reconnaissance que je pouvais accorder à ma maîtresse était de toujours avoir la meilleure note ou sinon être au moins parmi les 3 meilleurs de la classe. A la fin de l’année, j’étais devenu la fierté de cette dame qui contrairement à beaucoup, donnait la chance aux apprentis élèves. Je me souviens que durant ces 3 années que j’ai passées dans cette école (j’ai souvent bougé dans mon enfance. Mais on en reparle dans un autre billet), ma maîtresse bénéficiait d’un certain statu. Ses collègues et sa hiérarchie lui accordaient ce statu pour le travail qu’elle accomplissait avec quelques petits à qui elle donnait la chance.

Donner la chance à ceux qui apprennent peut créer d’agréables surprises. Lorsque l’on donne la chance à celui à qui l’on apprend quelque chose, c’est finalement à soi-même que l’on donne la chance d’améliorer sa science, son savoir ou son savoir-faire.